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Portrait de Michael Scholl

Des rives du Léman aux grands requins blancs

Depuis trois décennies, le biologiste et spécialiste mondial des grands requins blancs se met au service des océans

Texte écrit par Rachel Barbara Häubi | Photo de Odile Meylan

Michael Scholl sait garder son sang-froid devant un grand requin blanc, même s’il avoue: «Une fois, j’ai eu peur.» Le biologiste de 50 ans a dédié sa vie à la conservation marine. Il milite avec optimisme pour briser le mythe du requin tueur et donnera une conférence sur le thème mercredi 16 juin à 18 h 30 au Palais de Rumine (inscription obligatoire).

Faute de mer, Michael Scholl suggère de se rendre au lac, à deux pas de son appartement de Clarens. «Profitons de ce beau temps!» lance-t-il en embarquant un panier en osier, dans lequel tintent des verres et une carafe d’eau citronnée. À l’air libre et proche de l’eau, voilà un avant-goût du parcours atypique de ce Vaudois devenu spécialiste mondial des grands requins blancs.«Sans ce lac au bord duquel j’ai grandi, je n’aurais pas pu revenir en Suisse», affirme le Vaudois.

Là où les gens voyaient un monstre, je percevais un animal majestueux dans le requin naturalisé de Rumine.

Michael Scholl, biologiste en conservation marine

S’il grandit dans ce pays enclavé, les documentaires du capitaine Cousteau lui insufflent l’appel des fonds marins. Lorsque sa mère l’emmène au Musée cantonal de zoologie, à Lausanne, il n’a pas 10 ans et est subjugué par la pièce maîtresse: le plus grand requin blanc naturalisé au monde. «Là où les gens voyaient un monstre, je percevais un animal majestueux», dit-il avec entrain. Le sort en est jeté.

Sous la casquette qui ombrage son visage, les yeux bruns et la barbe argentée donnent à Michael Scholl des airs de Paul Watson, célèbre justicier des mers.Le sourire illumine son regard lorsqu’il évoque sa première rencontre avec des squales à la Bimini Biological Field Station, aux Bahamas. «Une vingtaine de requins glissaient autour de moi dans l’eau limpide. Tout à coup, mon rêve s’ancrait dans la réalité: à 24 ans, ma voie était confirmée.»

Nicole Versus Bruce

Fraîchement diplômé en zoologie en Écosse, il s’envole pour l’Afrique du Sud au lendemain de l’apartheid. «C’était le premier pays au monde à protéger les grands requins blancs, et pourtant leur population déclinait.» Pendant dix ans, il étudie cette espèce encore méconnue autour de l’île Dyer et fonde la White Shark Trust, une association à but non lucratif. «J’ai vite réalisé que tout restait à découvrir.» Guidé par une insatiable curiosité, il est le premier à identifier les squales en se basant sur la reconnaissance de leurs ailerons.

En 2004, une découverte inédite provoque un tsunami médiatique. Il démontre qu’un grand requin blanc femelle, baptisée Nicole d’après l’actrice Nicole Kidman, a effectué une traversée aller-retour de près de 20’000 kilomètres entre l’Afrique du Sud et l’Australie. Une odyssée pour un animal qu’on croyait sédentaire. «Nous souhaitions démontrer que les requins ne respectent pas les frontières politiques et qu’ils se déplacent au-delà des espaces protégés.» Cette première contribue à inscrire le grand requin blanc à la CITES, une convention réglementant le trafic d’espèces menacées. «J’espère qu’on se souviendra plus de Nicole que de Bruce des «Dents de la Mer», rit-il.

Ces prédateurs sont davantage protégés, mais ils ne sont pas encore tirés d’affaires. «Traverser l’océan Indien reste un parcours du combattant. Nicole n’a d’ailleurs plus donné signe de vie…» Prisés pour leurs ailerons, les squales sont menacés. «On estime que 70 millions de requins sont tués chaque année. Leur potentiel de reproduction étant très lent, il suffit de peu de pêche pour atteindre un état de surpêche.» La soupe aux ailerons n’est pas la seule coupable. En Suisse, on trouve de la viande de requin sous une quarantaine d’appellations, comme «le veau de mer», prévient le Vaudois.

Sensibiliser avec optimisme

Si la population de requins et de raies océaniques a chuté de 70% en cinquante ans, le biologiste reste confiant. «Je regrette ce pessimisme qu’on cultive dans les médias et les ONG. On a besoin d’espoir et de nouvelles qui montrent que la conservation fonctionne!» Les bonnes nouvelles, Michael Scholl les collectionne et les sème. De retour en Suisse en 2007, il enseigne la biologie puis coordonne des projets socioenvironnementaux pour l’expédition «Pangaea» de l’explorateur Mike Horn. 

Pendant près de huit ans à distance, il dirige la fondation Save Our Seas – et en crée avec son père graphiste le magazine, puis la revue «Shark News», parue au début du printemps – et ouvre un centre d’éducation marine en Afrique du Sud. «Ces expériences m’ont permis de comprendre la nécessité de créer un pont entre la science et le public.»

Traverser un passage pour piétons est plus risqué que nager avec des requins.

Michael Scholl, biologiste en conservation marine

Conférences, photographies, publications… Michael Scholl détricote le mythe du mangeur d’hommes gravé dans l’inconscient collectif en vulgarisateur hors pair. «Le risque est surfabriqué. Si les requins aimaient la chair humaine, on ne pourrait pas se baigner dans la mer.» Il rappelle que seules 5 à 15 personnes meurent chaque année à la suite d’une morsure. «Traverser un passage pour piétons est plus risqué que nager avec des requins.» À Clarens, sur les rives du Léman, la chienne Lalo, une bergère australienne de 5 mois, hésite pourtant à tremper ses pattes.

En attendant la prochaine plongée professionnelle, le biologiste consacre son temps bénévolement à des organisations environnementales. «Michael ne dit jamais qu’il va au travail, il vit sa passion», partage sa compagne Sophie Brunschwig, qui décrit un homme «épanoui». Dans leur appartement, des figures de squales ornent chaque recoin. La famille entière est baignée dans cette vocation aquatique. «Mon fils a probablement plus de t-shirts de requins que moi», blague Michael Scholl. À 8 ans, Elliot nage avec les squales comme un poisson dans l’eau.

D’ici à cinq ans, la famille pourrait bien avoir pris le large et avoir troqué l’eau douce contre la salée. «Aux Bahamas!» renseignent-ils unanimement. Le but de sa vie? «Contribuer au changement, même à petite échelle.» Une goutte d’eau qui aura remué bien des océans.


From the shores of Lake Geneva to great white sharks

For three decades, the biologist and world expert on great white sharks has been serving the oceans

Text by Rachel Barbara Häubi | Photo by Odile Meylan

Michael Scholl knows how to keep his cool in front of a great white shark, although he admits: « I was scared once. » The 50-year-old biologist has dedicated his life to marine conservation. He is an optimistic advocate of breaking the myth of the killer shark and will give a lecture on the subject on Wednesday 16 June at 6.30 pm at the Palais de Rumine (registration required).

In the absence of the sea, Michael Scholl suggests going to the lake, a stone’s throw from his flat in Clarens. He says, « Let’s make the most of this fine weather », as he carries a wicker basket with glasses and a carafe of lemon water. In the open air and close to the water, this is a foretaste of the atypical career of this Vaudois who has become a world specialist in great white sharks. « Without this lake, on the shores of which I grew up, I would not have been able to return to Switzerland, » says the Vaudois.

Where people saw a monster, I saw a majestic animal in the naturalized shark in Rumine.

Michael Scholl, marine conservation biologist

While he grew up in this landlocked country, Captain Cousteau’s documentaries inspired him to explore the deep sea. When his mother took him to the Cantonal Museum of Zoology in Lausanne, he was not yet 10 years old and was captivated by the masterpiece: the largest naturalized white shark in the world. « Where people saw a monster, I saw a majestic animal, » he says cheerfully. Under the cap that shades his face, the brown eyes and silver beard give Michael Scholl the air of Paul Watson, the famous sea avenger, and a smile lights up his eyes when he recalls his first encounter with sharks at the Bimini Biological Field Station in the Bahamas. « About 20 sharks were gliding around me in the clear water. Suddenly, my dream became a reality: at 24 years old, my path was confirmed. »

Nicole Versus Bruce

Freshly graduated in zoology in Scotland, he flew to South Africa in the wake of apartheid. « It was the first country in the world to protect great white sharks, yet their population was declining. » For ten years, he studied the little-known species around Dyer Island and founded the White Shark Trust, a non-profit organisation. « I soon realised that everything was still to be discovered. » Driven by an insatiable curiosity, he was the first to identify sharks based on the recognition of their fins.

In 2004, an unprecedented discovery caused a media tsunami. He demonstrated that a female great white shark, named Nicole after the actress Nicole Kidman, had made a round trip of almost 20,000 kilometres between South Africa and Australia. An odyssey for an animal that was thought to be sedentary. « We wanted to demonstrate that sharks do not respect political borders and that they move beyond protected areas. » This first is helping to list the great white shark under CITES, a convention regulating the trafficking of endangered species. « I hope Nicole is remembered more than Bruce from Jaws, » he laughs.

These predators are more protected, but they’re not out of the woods yet. « Crossing the Indian Ocean is still an obstacle course. Nicole has not been heard from again… » Prized for their fins, sharks are threatened. « It is estimated that 70 million sharks are killed each year. Because their reproductive potential is so slow, it doesn’t take much fishing to reach a state of overfishing. » Fin soup is not the only culprit. In Switzerland, shark meat can be found under some forty names, such as « le veau de mer », warns the Vaudois.

Raising awareness with optimism

Although the population of oceanic sharks and rays has fallen by 70% in fifty years, the biologist remains confident. « I regret the pessimism that is being cultivated in the media and by NGOs. We need hope and news that conservation works! » Michael Scholl collects and sows good news. Back in Switzerland in 2007, he teaches biology and then coordinates socio-environmental projects for the « Pangaea » expedition of explorer Mike Horn.

For nearly eight years, he managed the Save Our Seas Foundation – and created the magazine with his graphic designer father, then the magazine « Shark News », published in early spring – and opened a marine education centre in South Africa. « These experiences helped me understand the need to create a bridge between science and the public. »

Crossing a pedestrian crossing is more risky than swimming with sharks.

Michael Scholl, marine conservation biologist

Lectures, photographs, publications… Michael Scholl unravels the myth of the man-eater engraved in the collective unconscious as an outstanding populariser. « The risk is overexaggerated. If sharks liked human flesh, we wouldn’t be able to swim in the sea. » He reminds us that only 5 to 15 people die each year as a result of a bite. « Crossing a pedestrian crossing is more risky than swimming with sharks. » In Clarens, on the shores of Lake Geneva, the dog Lalo, a five-month-old female Australian Shepherd, is reluctant to dip her paws.

While waiting for the next professional dive, the biologist volunteers his time to environmental organisations. « Michael never says he goes to work, he lives his passion, » says his partner Sophie Brunschwig, who describes him as a « fulfilled » man. In their flat, shark figures adorn every corner. The whole family is immersed in this aquatic vocation. « My son probably has more shark T-shirts than I do, » jokes Michael Scholl. At 8 years old, Elliot swims with sharks like a fish in water.

In five years’ time, the family may well have taken to the sea and swapped freshwater for saltwater. In five years’ time, the family may well have set sail and swapped fresh water for salt water. « To the Bahamas! » they all say. His life’s goal? « To contribute to change, even on a small scale. » A drop of water that will have stirred up many oceans.

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